Quand les blessures se répètent
Comprendre l’impact du trauma complexe pour retrouver l’apaisement
On associe souvent le traumatisme à un événement isolé et soudain : un accident, une agression, une catastrophe. Mais il existe une autre forme de traumatisme, plus silencieuse et souvent moins connue: celle qui naît de la répétition. Violences conjugales prolongées, maltraitance infantile, négligence affective durable, emprise, situations d’insécurité chronique, quand l’exposition à la menace se répète ou s’étale dans le temps, sans possibilité d’y échapper, elle laisse une empreinte différente sur le psychisme. C’est ce que l’on appelle le trauma complexe.
Ce que vit une personne touchée par un trauma complexe
Une personne souffrant de trauma complexe peut présenter :
- Des difficultés à réguler ses émotions: des réactions émotionnelles intenses et difficiles à contenir, ou à l’inverse un engourdissement émotionnel, une impression de ne plus rien ressentir.
- Une image de soi profondément abîmée: un sentiment de honte, de culpabilité ou d’échec lié à ce qui a été vécu, une impression d’être diminué·e ou sans valeur, souvent en décalage total avec la réalité des événements subis.
- Des difficultés relationnelles durables: peur de l’abandon, difficulté à faire confiance, à se sentir proche des autres ou à maintenir des liens stables dans le temps.
- Des symptômes dissociatifs: parfois, une personne ayant vécu un traumatisme complexe se sent comme « coupée » d’elle-même ou du monde autour d’elle. Elle peut avoir l’impression de ne plus vraiment habiter son corps, de regarder sa propre vie de l’extérieur, comme à travers une vitre ou avoir la sensation que ce qui l’entoure n’est pas tout à fait réel.
C’est ce qu’on appelle la dissociation. C’est une protection face à un danger auquel on ne peut pas échapper, le cerveau trouve un moyen de « débrancher » pour rendre la souffrance supportable. Un peu comme un disjoncteur qui saute pour éviter que tout le circuit ne brûle.
Le problème, c’est que ce mécanisme, utile sur le moment, peut continuer à fonctionner bien après que le danger soit passé et couper durablement la personne de ce qu’elle ressent, au quotidien.
Pourquoi cette distinction est importante
Reconnaître le trauma complexe comme une entité à part entière n’est pas qu’une question de vocabulaire : cela permet d’adapter la thérapie, puisque la sécurité et la stabilisation restent des dimensions essentielles à prendre en compte tout au long du travail thérapeutique.
Car c’est souvent là que le trauma complexe laisse le plus de traces : dans la capacité à faire confiance et à se sentir en sécurité avec l’autre. Façonné par des liens précoces instables ou insécurisants, le système d’attachement pousse parfois à se méfier, à anticiper le pire, ou à s’effacer pour ne pas être rejeté·e. Le lien thérapeutique peut alors devenir un espace différent, où la personne fait l’expérience concrète d’une relation stable et fiable. Ce vécu en séance peut y contribuer, aux côtés d’autres liens et d’autres expériences de vie qui, tout autant, participent à réapprendre la sécurité relationnelle. (Nous reviendrons plus en détail sur les schémas d’attachement et leur lien avec le trauma dans un prochain article.)
« Les approches recommandées qui associent plusieurs outils complémentaires »
Un point de vigilance
Le trauma complexe s’accompagne d’un risque accru de souffrance suicidaire, en particulier lorsque le sentiment d’insécurité et de dévalorisation de soi est massif. C’est une donnée que les professionnels accompagnant ce type de public doivent garder à l’esprit, et qui justifie un accompagnement structuré, en lien avec les autres ressources de soin autour de la personne (médecin, psychiatre, entourage).
(Si ce sujet vous touche personnellement, n’hésitez pas à en parler à un professionnel de santé ou à contacter une ligne d’écoute comme le 3414 par exemple.)
En résumé
Le trauma complexe n’est pas une fatalité, mais une réponse compréhensible d’un système nerveux et d’un psychisme qui ont dû s’adapter pour survivre à une menace durable. Le comprendre, c’est déjà commencer à s’en libérer et un accompagnement adapté, respectueux de cette complexité, permet une véritable reconstruction. (En savoir plus.. ).
Où trouver de l’aide :
Carte des Centres régionaux du psychotraumatisme :
https://www.psycom.org/sinformer/la-sante-mentale/les-troubles-psy/trouble-de-stress-post-traumatique/

